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Zoom sur les paysages de vigne

Françoise Bonnet

La vigne à livre ouvert depuis la plantation en foule jusqu’aux cultures en terrasses en passant par la marqueterie.

Titulaire d’un DEA d’études ibéro-américaines et traductrice d’espagnol et de catalan depuis 1989, Françoise Bonnet vit au sud des Pyrénées.

Le paysage, qu’est-ce que c’est ?

C’est ce qui reste en mémoire quand on ne l’a plus sous les yeux1.

Et le vignoble ?

Ici et là, des tapis de verdure à géométrie variable qui colonisent plaines et plateaux, s’enroulent en lanières au pied des buttes ou s’étagent à flanc de colline, épaulés de murets.

À voir et à revoir, pour se mettre en appétit, sur le site des éditions Cardabelle2 ou celui de Georges Souche3 qui les a merveilleusement photographiés ! On en retrouvera ensuite les lignes maîtresses dans les dessins épurés de l’étude de Fabienne Joliet4. Docteur en géographie culturelle et spécialiste de l’analyse visuelle des paysages, elle en a dressé une typologie plastique à partir d’une organisation spatiale en points, lignes et surfaces. Un tour d’horizon complet, depuis la lointaine plantation en foule jusqu’aux cultures en terrasses, en passant par la marqueterie, le timbre poste, la vague, le rideau, l’entonnoir et quelques autres !

Mais le paysage de vigne est aussi l’ambassadeur du produit qu’il engendre et, sans être l’unique motif de l’étiquette de vin, il y est en tout cas fortement représenté et habilement mis en scène.

Regards croisés : de l’approche visuelle à l’approche graphique

La plantation en foule

Pour Fabienne Joliet, « elle se caractérise par une répartition organisée ou aléatoire de ceps de vigne buissonnants […] cas de nombreux vignobles pré-phylloxériques en Europe ».

L’étiquette de la maison Cava Llopart, dont le vignoble remonterait à la fin du xive siècle, reproduit une lithographie ancienne représentant ce type de plantation.

On y voit, au premier plan, une plantation de vigne en foule à flanc de colline avec, sur les hauteurs et à la lisière du bois, une ferme imposante. En arrière-plan, dominant la ligne de crête d’une deuxième colline, une forteresse campe sur sa motte castrale avec, à ses pieds, une église à clocher-mur et quelques maisons. Au loin, la silhouette d’une montagne ferme l’horizon.

Illustration 1

Illustration 1.- Sous le sceau de la sobriété. Version minimaliste des graphistes de l’agence de communication Connecta : la vigne en foule abandonne l’étiquette et s’empare de la capsule.

C’est une composition intéressante dans laquelle le choix et l’organisation des motifs rendent compte d’un ordre social en mutation, où la ferme, autant par sa taille que par sa position, semble appelée à éclipser la forteresse.

La fin du servage et la volonté d’accroître les rendements produiront plus tard des plantations plus rationnelles, surtout après les ravages du phylloxéra, quand pratiquement tous les vignobles seront repris en main avec des ceps américains en rangs suffisamment espacés pour permettre le passage d’un animal. Grand précurseur et père de l’agronomie française, Olivier de Serres préconisait déjà la plantation en ligne en 1600 dans son ouvrage Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs qui connaîtra de nombreuses rééditions.

La vague

« La plantation des rangs de vigne dans le sens de la pente crée une ligne de force verticale, ascendante vers la ligne d’horizon5. »

Le rideau

« Ce paysage est composé d’alignements de haies supérieures à la hauteur de l’œil. Ceci engendre un cloisonnement du regard, avec un effet de couloir où la perspective s’impose. Lors de la saison végétative, les haies au feuillage extrêmement dense créent des écrans qui renforcent cette fermeture intérieure. Une vue d’ensemble n’est possible qu’avec du relief ou une vue lointaine6. »

La vague et le rideau abondent dans l’illustration des vins de château. Le regard est conduit, par un effet de perspective ou une vue en contre-plongée, devant une riche demeure, le plus souvent un château du xviiie siècle, au bout d’une allée triomphale de vignes. C’est l’aboutissement d’une ambition, celle d’une nouvelle aristocratie de négociants-éleveurs occupés à administrer leurs fortunes.

La marqueterie

« Elle est caractérisée par un jeu de lignes obliques, due à la juxtaposition de parcelles dont l’orientation de plantation est différente. Cette apposition dynamique “diffracte” en quelque sorte le regard, le conduisant d’une direction à l’autre sans transition7. »

Un vin curieusement appelé Paysage, issu d’un vignoble que l’on dit « caché dans le jardin secret des Landes », en est une bonne illustration. Les stries, qui structurent son dessin en marqueterie, esquissent une vague, puis enlacent le village avant de rejoindre le ciel fondu dans l’océan.

Cette représentation de paysage ouvert, généreux, tout en courbes et pentes douces, est récurrente sur les produits de coopératives de vignerons. Elle transmet l’image d’une vie simple et agréable, la vie de villageois dont la prospérité dépend de celle du vignoble. Les parcelles s’y enchaînent en repoussant l’horizon toujours plus loin, tandis que le regard glisse sur un territoire qui s’étire à l’infini.

Ces quelques exemples suffisent à montrer que le paysage des étiquettes interprète lui aussi l’histoire du vin et qu’il demande à être lu.

Mais, poursuivons.

Les terrasses de vignes

«  Le bon Dieu a fait la pente, nous, on a fait qu’elle serve, on a fait qu’elle tienne, on a fait qu’elle dure… »

Charles Ferdinand Ramuz
Passage du poète, 1923

« L’horizontale des rangs de ceps, parallèles aux courbes de niveau et à la ligne de crête, domine ce paysage. La présence de terrasses ou de banquettes accentue cette ligne de force par leurs rubans horizontaux de pierre ou d’herbe qui s’échelonnent du haut en bas de la pente8. »

Illustration 2

Illustration 2.- Étiquettes créées par Camille Aubry. On dirait l’illustration de cet autre passage de Ramuz : « Ici, quand les hommes veulent se mettre à l’ombre, ils ne trouvent que celle des murs. Il y a seulement ces étroites bandes faites à l’encre comme quand on souligne un mot. »

Trop difficiles à travailler et peu mécanisables, les cultures en terrasses offrent de faibles rendements. Elles commencent à péricliter dans les années 1950. Mais à partir des années 1980, la progression de l’érosion, le lessivage des pentes et la perte de ces précieux cordons coupe-feu font l’objet d’une préoccupation grandissante qui les sort de l’oubli.

Avec ses 400 km de murs appelés charmus (murs de pierres sèches en Suisse romande, puis, par extension, surface de vigne entourée de murets ou d’une haie), le site de Lavaux, au bord du lac Léman, a obtenu son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007.

Ses terrasses ont inspiré écrivains et peintres, et, parmi eux, Michel Tenthorey9, un enfant du pays à « la sensibilité à fleur de coteau » qui avoue avoir un faible pour l’hiver, même s’il peint toutes les saisons.

Banyuls

Illustration 3.- Banni de l’envers des cartes postales pour faire place au texte, le paysage revient ici par le truchement d’un timbre. Une étiquette, et un clin d’œil, de Lucie Hourdequin.

Autres terrasses notoires, celles de Banyuls ont reçu le label français « Paysage de reconquête » en 1993. Elles peuvent s’enorgueillir de 6 000 km de murets et d’un système de drainage pluvial que les Templiers auraient rapporté de Palestine : des rigoles appelées agouilles, disposées en peu de gall, c’est-à-dire en patte d’oie ou encore en pied de geline, selon le terme employé par Olivier de Serres dans l’ouvrage précité.

L’image des vins de Banyuls semble néanmoins privilégier la mer, une idée du Sud et des vacances.

Histoire de perceptions

Pas de terrasses avant le xixe siècle, mais des bancs (esp. bancales), des murailles et des rives (esp. ribazos) ; des restanques en Provence, des feixes et des marges en Catalogne, des traversiers dans la haute vallée de l’Hérault,  des banquettes, des faysses, etc.

Simple amas de terre au xiie siècle, le mot « terrasse » est repris par les jardiniers-paysagistes du xviie siècle avec le sens de « levée de terre dans un jardin, dans un parc, faite de main d'homme pour la commodité de la promenade et le plaisir de la vue ». Quant aux paysans, ils préfèrent penser aux lanières de terre durement gagnées sur la pente. Lanière, ou bande, est d’ailleurs le sens de faysse (faisse), feixa en Catalogne.

 « Autres temps, autres perceptions ! », en conclut le spécialiste de la pierre sèche Christian Lassure10 qui a consigné ces indications et bien d’autres dans ses articles sur les terrasses. « En dehors de quelques vocables signifiant soit banquette, soit mur, écrit-il, la terrasse culturale n'est pas désignée comme telle dans les parlers locaux parce qu'elle n'était pas obligatoirement perçue comme telle par ses créateurs et utilisateurs paysans. Là où le citadin, le vacancier, le touriste, le résident secondaire d'aujourd'hui voient un paysage de terrasses, le paysan de jadis ne voyait que des pièces de terre… »

Et c’est bien ainsi que l’histoire de la vigne nous est également transmise, par perceptions interposées de faiseurs de champs et autres praticiens, d’artistes et d’experts, qui conditionnent l’échelle et la mémoire du paysage en nous en offrant plusieurs lectures à livre ouvert.

Post-scriptum
Note sur la carte des synonymes de terrasse et sur ce que sa reproduction nous apprend

Tout en me promettant de revenir un jour sur les réserves terminologiques de Christian Lassure, je signale une mise en garde intéressante qu’il adresse fort judicieusement à ses lecteurs. Elle concerne la publication d’une carte – qu’il reproduit – intitulée « Palette de mots haute en couleurs, document établit (sic) après un simple recueil documentaire ».

Je cite : « Dans la mesure où cette carte a été publiée dans un ouvrage revêtu d'un sceau officiel, il apparaît difficile au chercheur sérieux de ne pas réagir devant la propagation d'un tel fatras d'absurdités : elles risquent en effet d'être reprises sans aucun regard critique par les médias et de s'imposer comme vérité d'évidence auprès du grand public si rien n'est fait. »

Or, le système est à ce point pernicieux qu’en la montrant du doigt, Christian Lassure a contribué malgré lui à sa propagation.

Je n’ai pas retrouvé le document incriminé, soit qu’il n’ait jamais été mis en ligne, soit qu’on l’en ait retiré. En revanche, j’ai trouvé la carte sur le site d’une blogueuse et dans l’étude d’un éminent directeur de recherche, une insertion dans ce dernier cas bien plus dommageable pour la part de crédibilité qui revient à sa fonction. La carte y est reproduite en l’état et la faute n’a pas été corrigée. Christian Lassure en est la source désignée directement par la première, indirectement par le second qui le cite dans sa bibliographie.

Cela appelle deux conclusions :

  1. La carte n’a pas été lue.
  2. L’article d’où elle est vraisemblablement extraite non plus.

De regrettables copier-coller, des images vouées à garnir plutôt qu’à illustrer – au sens d’éclairer –, des documents picorés pour étoffer les sources, des sources qui ne sont lues ni en amont, ni en aval… et c’est Babel.

Or, si les nouvelles technologies y ont leur part de responsabilité, on leur doit paradoxalement de pouvoir presque tout vérifier en remontant de source en source.

Un regret tout de même et non des moindres : ce temps passé à trier ce qu’elles nous offrent de vendanger en quelques clics !

Murailleurs, muraillers, muretiers, mureteurs et autres faiseurs de champs
Murailleur : néologisme proposé en 1983 par Christian Lassure à partir du provençal, muralhaire,  bâtisseur de murs en pierre sèche. Les spécialistes de la pierre sèche l’emploient aujourd’hui en concurrence avec « murailler ».
Muretier, syn. mureteur : ouvrier qui travaille aux murs (dictionnaire  d’ancien français, F. Godefroy).
Espagnol : bancalero.
Catalan : marger, margener, paredador

Remerciements

Merci aux graphistes de Connecta, en Espagne, à Camille Aubry et à Lucie Hourdequin, en France, qui m’ont autorisée à utiliser leurs visuels.

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1 D’après Gilles Clément, écrivain et paysagiste.

2 www.cardabelle.fr

3 www.georges-souche.com

4 Typologie plastique des paysages de vigne, in Les Paysages culturels viticoles. Étude thématique réalisée dans le cadre de la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, 2005, publiée par le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS).

5 Fabienne Joliet

6 Ibid.

7 Ibid.

8 Ibid.

9 À voir absolument, par exemple ici.

10 Christian Lassure, Les appellations des terrasses de culture dans la France du Sud : fables et vérités et Petit dictionnaire des mots censés signifier « terrasse de culture », article publié sur www.pierreseche.com. Lire aussi les articles de Michel Rouvière.

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